Après la rafle, Joseph Weismann

Un témoignage poignant et bouleversant

Carles Ramírez López

Habituellement on recommande de lire d’abord le livre et après voir le film, s’il y en a et il est possible. À cette occasion c’est au contraire. Pour se situer dans la période historique ou dans l’épisode concret dont l’on parle, il faut absolument voir le film « La Rafle », de Roselyne Bosch (2010). Ce film est inspiré de la tragédie de la rafle du Vélodrome d’Hiver des 16 et 17 juillet 1942, dates où la police française a arrêté à leur domicile treize mille personnes fichées comme juives, dans des conditions épouvantables, dont quatre mille cinquante-et-un enfants, et notamment le survivant Joseph Weismann.

L’horreur de la Shoah ne s’arrête pas en 1945, c’est un traumatisme dont les survivants ont souffert toute leur vie.

Le film « La Rafle » s’est en partie inspiré de l’histoire de Joseph Weismann pour relater les événements du Vél’ d’Hiv’ et de la Beaune-la-Rolande. A la fin du film, le petit Joseph parvient à s’évader. Mais après ? Comment a-t-il vécu ou survécu seul, tout ce temps, sans ses parents et ses sœurs ? C’est cela qu’il raconte dans ce livre poignant : les hauts et les bas (plus nombreux) de sa vie, la honte puis enfin la fierté d’être Juif, la peur toujours constante que cela ne recommence, etc.

Contrairement à la plupart d’autres livres écrits sur la Shoah, il ne décrit pas beaucoup les conditions de détention des déportés, pour la simple raison qu’il les a peu connues. Il nous raconte sa cavale, sa vie entre orphelinats et familles d’accueil plus ou moins accueillantes, son entrée dans la vie adulte… Tous ces années que le film ne raconte pas et qu’on a très envie de connaître après le voir.

Après la guerre, Joseph Weismann a été confronté à des attitudes racistes, a dû se battre pour se faire une place dans la société française, une société « civilisée » que peut en venir à rejeter une catégorie de la population sous un prétexte quelconque. Jamais un film et un livre au même temps m’ont bouleversé de cette façon. Une histoire incroyable que jamais, jamais, jamais doit se répéter ! Un témoignage indispensable, de lecture accessible pour tout le monde.

Éditions

[fr] Après la rafle Éditions Michel Lafon 2011 304 pages
[fr] Après la rafle Éditions J’ai lu 2013 282 pages
[eng] After the Roundup : Escape and survival in Hitler’s France Indiana University Press 2017 176 pages

Adaptations

Bande annonce du film La Rafle (2010), de Roselyn Bosch, avec Mélanie Laurent, Jean Reno, Gad Elmaleh, Raphaëlle Agogué et Hugo Leverdez.

En septembre 2010, à l’occasion de la campagne de promotion du DVD, la réalisatrice Roselyne Bosch donne un entretien à la revue Les Années Laser et établit un parallèle entre ceux qui n’auraient pas aimé son film et Adolf Hitler :
« Je me méfie de toute personne qui ne pleure pas en voyant le film. Il lui manque un gène : celui de la compassion. […] On pleure pendant La Rafle parce que… on ne peut que pleurer. Sauf si on est un « enfant gâté » de l’époque, sauf si on se délecte du cynisme au cinéma, sauf si on considère que les émotions humaines sont une abomination ou une faiblesse. C’est du reste ce que pensait Hitler : que les émotions sont de la sensiblerie. Il est intéressant de voir que ces pisse-froid rejoignent Hitler en esprit, non ? En tout cas, s’il y a une guerre, je n’aimerais pas être dans la même tranchée que ceux qui trouvent qu’il y a « trop » d’émotion dans La Rafle. »

Ressources

« Sur les traces de Joseph Weismann » est adapté à l’enseignement de la Shoah pour des élèves de CM2 (9-10 ans). Il raconte l’histoire de Joseph Weismann : De son enfance heureuse à Montmartre, à son évasion du camp de Beaune-la-Rolande, nous suivons les traces de cet enfant juif parisien, ce « petit poulbot parigot ». Nous apprenons à connaître sa famille, les premières mesures anti-juives, la rafle du Vel’ d’Hiv’, le transport d’Austerlitz à Beaune-la-Rolande, les conditions de vie dans le camp, etc.

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